Solidarité alimentaire

Un pont entre deux rives

Si j’interviens de façon extrêmement concrète dans le cadre de projets urbains un peu partout en France (région parisienne, Toulouse, Nice, Montpellier…), je m’attache aussi à mettre ces projets en perspective en travaillant auprès de chercheurs.

Bref, à faire le lien entre « ceux qui font » et « ceux qui analysent ».

A travers tous ces projets, s’il est un thème qui me tient à cœur, c’est celui de la solidarité alimentaire tant à l’égard des populations précaires que des producteurs.

Dominique Paturel est une chercheuse (INRA) extrêmement précieuse dont tout le travail s’articule autour de la démocratie alimentaire voire du droit à une alimentation durable.

Cette approche est trop peu présente dans les débats et pourtant incontournable quand on sait que ces populations sont très souvent triplement touchées par la précarité : la précarité économique entrainant une précarité alimentaire qui elle-même s’associe à de graves problèmes de santé (en témoigne la parfaite corrélation entre les revenus d’un foyer et les taux d’obésité et de diabète).

De l’autre côté, on trouve des producteurs qui pour certains ne vivent pas de leur travail (cf. les mouvements de révolte réguliers des producteurs de lait et de viande et le succès de la marque «C’est qui le patron » lancée par Nicolas Chabanne).

Ironie du sort, les agriculteurs sont parfois eux-mêmes bénéficiaires de l’aide alimentaire.

A travers le dispositif Uniterres, l’association ANDES (réseau d’épiceries solidaires) propose d’approvisionner ses épiceries en fruits et légumes frais (bios en grande partie), grâce à un partenariat long terme (une à plusieurs années) avec des maraichers en situation de précarité économique (qui s’accompagne parfois de difficultés de gestion et/ou de problèmes agronomiques).

Ce dispositif interroge :

  • d’une part l’aide alimentaire en général, qui – en devenant un canal « d’écoulement » des surplus de production et des invendus – s’est construite comme une variable d’ajustement d’un système agro-alimentaire productiviste
  • la place de l’agriculture dans sa vocation nourricière pour l’ensemble de l’humanité

Dans le cadre de l’étude « Le programme Uniterres : un dispositif de care. La solidarité alimentaire à l’épreuve du réel » conduite par D.Paturel (INRA), je suis allée à la rencontre d’une douzaine de maraichers (pour la plupart en bio) dans le Tarn, le Tarn et Garonne, le Gers et le Lot afin de comprendre leur quotidien et d’évaluer l’impact du programme sur leur exploitation.

Deux choses m’ont frappée :

  • la première fut de voir combien ces producteurs mettaient de leur personne pour ne pas dire de leur humanité dans ce qu’ils cultivaient
  • la seconde est beaucoup moins réjouissante car pour plus de 70h de travail par semaine, la plupart d’entre eux perçoit un revenu de 400 €/mois en moyenne.

Si je reprends ma casquette de « Créateur d’Ecosystèmes Alimentaires Durables », cela m’interroge bien évidemment sur les projets « d’agriculture urbaine » sous l’angle de leur viabilité économique et de leur vocation nourricière. Comme évoqué dans un précédent article, pour répondre en profondeur à ces deux enjeux, mieux vaut sans doute opérer sur les liens entre la ville et ses producteurs péri-urbains.

Dans le prolongement de cette étude, j’aurais donc le plaisir de témoigner de ce travail d’enquête et d’analyse aux côtés de Dominique Paturel le 20 juin prochain au Séminaire « Ville et Agriculture » à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Montpellier.

(Photo Tim Swaan)