Angélisme et alimentation locale

Le mois dernier, Albane Gaspard publiait un article passionnant sur l’évaluation de l’alimentation locale (https://urbanfoodfutures.com/2017/09/28/travailler-avec-les-circuits-courts-mais-pas-seulement/)

Cet article remet en perspective certaines notions à commencer par la définition même du local… Evidente pour du miel ou des légumes mais un peu plus complexe pour l’élevage (au delà du lieu où grandissent les animaux, d’où viennent leurs aliments et où ces animaux sont-ils abattus ?…) et plus encore pour des produits transformés : quid d’une tielle sétoise « cuisinés » en Picardie avec des ingrédients italiens (car la préparation de la tielle nécessite de la sauce tomate … cf. article précédent !)

Que vaut en effet la sacro-sainte notion de local quand on sait que l’évaluation énergétique d’un produit repose sur les cinq modules du cycle de vie : production, origine/provenance (mode de transport), transformation/conservation, emballage et consommation.

Sur la base d’une telle évaluation, une caractéristique avantageuse telle qu’une origine locale peut être nivelée par un emballage en verre ou un mode de conservation surgelé.

Si l’on s’en tient au seul module de production, la production locale de légumes en serre chauffée nécessite 20 à 30 fois plus d’énergie que des cultures de plein champ produites à des centaines de kilomètres  (quoiqu’un maraicher à Puy L’Evêque m’a un jour expliqué qu’il avait transformé un système de chauffage d’une vieille locomotive en chaudière alimentée par du bois de déchetterie… ce qui doit certainement réduire la facture énergétique !).

Local n’est donc pas nécessairement synonyme de durable…

En outre, la notion de durabilité ne se réduit pas à sa dimension environnementale qui elle même ne se résume pas aux seules empreinte énergétique et émissions de gaz à effet de serre.

Celle-ci implique en effet de s’intéresser également aux externalités négatives telles que la pollution des cours d’eau,  la mort organique des sols ou le gaspillage alimentaire (1/3 de notre production alimentaire est jetée !).

Quant à la durabilité, rappelons qu’elle comporte également une dimension économique (le producteur est-il justement rémunéré, les prix pratiqués permettent-ils une justice alimentaire) et sociale (quelles sont les conditions de travail des maillons de la chaine alimentaire ? comment est assurée la sécurité alimentaire des produits…).

Outre les limites physiques de l’autosuffisance alimentaire (caractéristiques géographiques de territoires), celle-ci ne peut donc définitivement pas être une fin en soi.

Au delà de ces critères, l’information du consommateur est enfin centrale or un grand nombre des caractéristiques liées à la durabilité n’est ni renseigné ni visible pour l’acheteur sur le lieu d’achat et encore moins dans le cadre de la restauration hors domicile.

Une alimentation durable commence donc avec davantage de transparence, de clarté et de confiance qui elle même, il faut le bien reconnaître, est facilitée par la proximité humaine !

To be continued…

Photo by robbertdb on Unsplash